La Commission sur la Sécurité et la Coopération en Europe, également connue sous le nom de Commission d'Helsinki, est une commission indépendante du gouvernement fédéral américain.
Le 29 octobre, la Commission d’Helsinki a organisé un briefing essentiel pour examiner l’utilisation abusive des systèmes de communication mondiaux d’INTERPOL par des régimes autoritaires. En tant que principale organisation mondiale de coordination des forces de l’ordre, INTERPOL a pour mission de promouvoir la sécurité internationale et la justice. Cependant, des États autoritaires exploitent de plus en plus ses canaux pour émettre des notices rouges à motivation politique, des accusations fallacieuses et des rapports frauduleux de passeports « perdus ou volés », visant souvent des dissidents, des journalistes et des militants bien au-delà de leurs frontières. Ces abus non seulement portent atteinte aux individus, mais sapent également la mission d’INTERPOL et menacent l’État de droit dans les pays démocratiques.
Le TRAP ACT (Transnational Repression Accountability and Prevention), adopté en 2021, répond à ces préoccupations. Cette législation exige que les agences américaines publient régulièrement des rapports sur leurs actions visant à prévenir les abus d’INTERPOL, renforcer les garanties nationales et promouvoir des réformes significatives au sein d’INTERPOL. En interdisant aux agences américaines d’extrader des individus sur la seule base de notices INTERPOL, le TRAP Act constitue une avancée majeure pour empêcher l’utilisation abusive des systèmes internationaux de coopération policière à des fins politiques.
Cette réunion a rassemblé un panel d’experts pour examiner l’efficacité du TRAP Act, trois ans après son adoption, évaluer les abus persistants et explorer les pistes possibles pour de futures réformes. Parmi les intervenants figuraient :
- Ted R. Bromund, fondateur, Bromund Expert Witness Services
- Charlie Magri, Avocat, Otherside - Cabinet d'avocats
- Sandra A. Grossman, associée, Grossman Young & Hammond, LLC

Le point de vue de Charlie Magri sur les réformes nécessaires et la lutte contre les abus des canaux d’INTERPOL
En tant que panéliste invité, Charlie Magri a partagé son expérience en tant qu’ancien juriste au sein de la Commission de Contrôle des Fichiers d’INTERPOL (CCF), où il a traité des demandes de suppression de données et acquis une compréhension approfondie des mécanismes juridiques d’INTERPOL. Aujourd’hui avocat engagé dans la contestation des notices injustes d’INTERPOL, Magri a mis l’accent sur les améliorations nécessaires pour renforcer les systèmes d’INTERPOL et mieux protéger contre les abus à motivation politique.
Principales réformes entreprises par INTERPOL
Depuis 2015, INTERPOL a mis en œuvre plusieurs initiatives visant à empêcher l'utilisation abusive de ses systèmes :
- Groupe de travail sur les Notices et Diffusions (NDTF) : Lancé en 2016, NDTF examine les Notices Rouges et Diffusions pour s’assurer de leur conformité aux normes d’INTERPOL, contribuant ainsi à réduire le nombre de notices à motivation politique ou non conformes.
- Politique relative aux réfugiés (2017) : Conçue pour interdire l’émission de Notices Rouges contre les réfugiés reconnus, cette politique offre des protections essentielles contre les tentatives de persécution visant les personnes fuyant des régimes oppressifs.
- Renforcement des pouvoirs de la CCF : En 2017, les pouvoirs de la CCF ont été étendus, rendant ses décisions contraignantes pour INTERPOL, avec des délais statutaires introduits pour garantir des décisions rapides, renforçant ainsi la protection des droits individuels.
- Renforcement des capacités de révision pour NDTF (2022) : Une approche régionale a été introduite, permettant d’améliorer l’expertise linguistique et géopolitique dans l’examen des Notices Rouges et des Diffusions, contribuant ainsi à un processus d’évaluation plus approfondi et nuancé.
Bien que ces réformes représentent des avancées importantes, elles n’ont pas entièrement éliminé les abus à caractère politique. Comme l’a souligné Magri, les régimes autoritaires se sont adaptés en utilisant des accusations moins évidentes—comme la fraude ou le détournement de fonds—plutôt que des accusations ouvertement politiques, ce qui complique l’identification et le filtrage des notices à caractère politique.

Recommandations pour Renforcer les Mécanismes de Protection d’INTERPOL
Charlie Magri a proposé plusieurs mesures pour répondre aux défis persistants au sein du cadre d’INTERPOL :
- Renforcement de la responsabilité des Bureaux Centraux Nationaux (BCN) : Les BCN jouent un rôle crucial en tant que gardiens des systèmes d’INTERPOL. Garantir l’exactitude et la légalité des données soumises nécessite une formation rigoureuse et un contrôle accru des BCN, qui constituent la première ligne de défense contre les demandes abusives.
- Amélioration de la transparence des rapports : Pour détecter les d’abus, INTERPOL devrait publier des statistiques détaillées sur les demandes de notices rouges et de diffusions, y compris le nombre de rejets ou d’annulations, ventilées par pays. Cette transparence favoriserait la responsabilisation sans stigmatiser publiquement des nations spécifiques.
- Augmentation des ressources pour la CCF : Face à une augmentation significative du volume des dossiers, les capacités de la CCF sont mises à rude épreuve. L’ajout de ressources, notamment en personnel, permettrait d’accélérer le traitement des dossiers et d’améliorer la transparence, en favorisant la publication plus rapide de décisions anonymisées qui offrent un aperçu du raisonnement juridique de la CCF.
Ces recommandations soulignent l’importance d’une vigilance constante, d’une transparence accrue et de ressources adéquates pour prévenir les abus à motivation politique au sein du réseau d’INTERPOL.
Perspectives d’Avenir : Vers des Réformes Durables
Comme l’ont souligné les intervenants, préserver la mission d’INTERPOL contre les abus des régimes autoritaires nécessite un engagement et des actions soutenus. Bien que les réformes mises en œuvre jusqu’à présent aient été significatives, la persistance des abus à motivations politiques démontre qu’il reste encore du chemin à parcourir. Grâce à des améliorations ciblées en matière de transparence, de responsabilité et de ressources, INTERPOL peut devenir une organisation plus robuste et efficace pour la sécurité mondiale, tout en empêchant son instrumentalisation à des fins de répression politique.
Pour ceux qui souhaitent visionner l’intégralité de l’enregistrement de la séance, il est disponible ci-dessous.
La transcription officielle du briefing, qui inclut une déclaration écrite de Charlie Magri, développant ses remarques orales, est accessible ici.




