Contester les notices INTERPOL dans les affaires d’enlèvement d’enfants est devenu un enjeu crucial pour les parents impliqués dans des litiges internationaux en matière de garde. Conçues pour aider les forces de l’ordre à localiser des individus, les notices rouges et jaunes d’INTERPOL sont toutefois fréquemment détournées dans le cadre de conflits parentaux transfrontaliers. Il n’est pas rare qu’un parent bénéficiant d’une décision de justice en sa faveur dans un pays se retrouve visé par ces notices, malgré la reconnaissance légale de ses droits. Ce détournement transforme des différends familiaux en affaires criminelles, entraînant de lourdes conséquences tant sur le plan juridique que personnel.

Une décision récente de la Commission de contrôle des fichiers d’INTERPOL (CCF) apporte des éclaircissements essentiels sur l’évaluation des notices INTERPOL dans les affaires d’enlèvement parental, notamment à la lumière de la politique adoptée en 2022 par INTERPOL restreignant l’émission de notices rouges dans ce type de litiges. Cette décision confirme que les notices rouges ne peuvent pas être utilisées pour contourner des décisions de garde internationales et précise les critères d’évaluation des notices jaunes, en établissant un lien explicite entre leur validité et le statut juridique de la garde de l’enfant.

Pour les parents et avocats qui contestent les notices INTERPOL dans les affaires d'enlèvement d'enfants par les parents, cette décision établit un cadre clair pour contester les notices rouges et jaunes et faire en sorte que les systèmes d'INTERPOL ne soient pas utilisés à mauvais escient dans les batailles pour la garde des enfants.

Contestation des notices rouges INTERPOL pour enlèvement parental d'enfants

Politique d'INTERPOL pour 2022 : Restrictions concernant les notices rouges dans les litiges relatifs à la garde d'enfants

En 2022, le Secrétariat général d'INTERPOL a mis en place des restrictions à la publication de notices rouges pour enlèvement parental d'enfant. Ces règles ont été conçues pour empêcher l'utilisation abusive du système d'INTERPOL dans les litiges transfrontaliers relatifs à la garde d'enfants.

En vertu de cette politique, une notice rouge ne peut être émise si

  • Les tribunaux de deux pays différents ont rendu des décisions contradictoires en matière de garde d'enfants, et
  • Soit les deux parents ont participé aux procédures judiciaires dans les deux juridictions, soit
  • Le litige fait l'objet d'une procédure au titre de la convention de La Haye et la garde a été accordée au parent visé par la demande de notice rouge.

Bien que ces restrictions soient explicites, l’application concrète de ces règles par la CCF restait incertaine. Les décisions antérieures de la CCF en matière d’enlèvement parental étaient antérieures à la politique de 2022, laissant en suspens des questions sur la rigueur avec laquelle ces limitations seraient mises en œuvre.

Une décision de la CCF récemment publiée confirme que la Commission adhère pleinement à la politique d'INTERPOL de 2022 lorsqu'elle examine les notices rouges dans les affaires d'enlèvement parental.

Décision récente de la CCF : La notice rouge est jugée non conforme

L’affaire soumise à la CCF concernait un père visé par une notice rouge pour avoir prétendument enlevé ses enfants après avoir omis de les restituer à leur mère. Toutefois, les tribunaux de deux pays membres d’INTERPOL avaient rendu des décisions de garde contradictoires.

  • Dans une juridiction, les parents partageaient initialement la garde conjointe, mais après que le père n’a pas restitué les enfants, un tribunal a attribué la garde exclusive à la mère en son absence.
  • Dans une autre juridiction, où résidait le père, il s’était vu accorder la garde exclusive par une décision judiciaire, à l’issue d’une procédure légale à laquelle la mère avait activement participé et qu’elle avait contestée.

La CCF a conclu que les deux parents avaient pleinement participé aux procédures judiciaires et que le père avait invoqué ses droits de garde dans le cadre de sa défense. Face à des décisions contradictoires, la CCF a estimé que l’affaire relevait d’un litige en droit de la famille et non d’une affaire pénale, rendant ainsi la notice rouge incompatible avec les règles d’INTERPOL.

Contestation des notices jaunes d'INTERPOL dans les affaires d'enlèvement parental

Comment la CCF évalue les notices jaunes dans les affaires d'enlèvement d'enfants

Au-delà de ses conclusions sur les notices rouges, cette décision de la CCF précise l’approche à adopter concernant les notices jaunes dans les affaires d’enlèvement parental. Traditionnellement, la Commission évalue si une notice jaune remplit encore son objectif initial—à savoir localiser une personne disparue ou identifier quelqu’un incapable de s’identifier.

Un argument fréquemment invoqué pour contester une notice jaune consiste à prouver que les autorités connaissent déjà l’emplacement de l’enfant. Lorsque cette localisation est confirmée, la CCF a souvent estimé que la notice avait rempli son objectif et devait être supprimée.

une décision publiée en 2024 par la CCF a réaffirmé ce raisonnement en décidant qu'une notice jaune restait valable car, bien que les autorités aient une connaissance générale de l'endroit où se trouve l'enfant, leur localisation précise n'avait pas été confirmée et le risque de voyage international subsistait.

Cependant, la décision de la CCF récemment publiée en 2025 introduit un niveau d'analyse supplémentaire: le statut de la garde légale de l'enfant.

Décision récente de la CCF : Lien entre le lieu et la garde

Dans cette affaire, le père avait obtenu la garde exclusive dans une juridiction, tandis que la mère avait obtenu une décision contradictoire dans un autre pays. L’enfant résidait avec le père dans la juridiction où la garde lui avait été attribuée.

La Commission a évalué si, en vertu de l’article 90 du Règlement sur le traitement des données, l’enfant pouvait encore être considéré comme « disparu »—le critère justifiant l’émission d’une notice jaune.

La CCF a finalement statué que :

  • Puisque le père disposait de la garde légale dans une juridiction, et,
  • Les autorités ont confirmé la localisation de l'enfant et son statut juridique,
  • Il n'y avait aucune raison factuelle de considérer l'enfant comme disparu.

De plus, le BNC à l’origine de la notice jaune n’a pas été en mesure de justifier sa nécessité persistante, bien qu’il ait connaissance du fait que l’enfant était sous une garde légale. Sur cette base, la Commission a conclu que la notice jaune ne remplissait plus d’objectif légitime et en a ordonné la suppression.

Contester les notices INTERPOL dans les affaires d'enlèvement parental : Principaux enseignements de la CCF

Cette décision de la CCF représente une étape cruciale dans la prévention de l'utilisation abusive des systèmes de notices rouges et jaunes d'INTERPOL dans les affaires d'enlèvement parental d'enfants.

Pour les parents et les avocats qui contestent les notices INTERPOL dans les affaires d'enlèvement d'enfants, il est essentiel de prendre les bonnes mesures :

  • Compiler les décisions en matière de garde d'enfants de toutes les juridictions concernées.
  • Établir que les deux parents ont entamé une procédure judiciaire.
  • Mettre en avant la politique d'INTERPOL pour 2022 et la dernière décision de la CCF.
  • Travailler avec des avocats spécialisés pour contester les notices INTERPOL abusives.

Grâce à une approche stratégique et à une compréhension approfondie des règles d’INTERPOL, les personnes concernées peuvent agir pour faire supprimer les notices rouges et jaunes injustifiées et veiller à ce que les affaires d’enlèvement parental d’enfants soient traitées par les voies judiciaires appropriées.

Pour une analyse juridique approfondie de cette décision de la CCF, lisez l'article co-écrit par Charlie Magri et Ariel Rawls, disponible sur le site web de Grossman Young & Hammond.