La Commission de Contrôle des Fichiers d’INTERPOL (CCF) a publié son rapport d’activité pour l’année 2023. Ce document offre un éclairage précieux sur le travail accompli par la CCF au cours de l’année écoulée, tout en soulignant les défis auxquels elle est confrontée. Cet article résume les points essentiels du rapport, en mettant en avant les tendances notables, les problématiques persistantes et les perspectives d’évolution de la Commission.
Charge de Travail Accrue et Conséquences
« Le principal défi auquel la CCF a été confrontée en 2023 a été l’augmentation de la charge de travail et les limites des ressources pour y faire face. »
Cette déclaration illustre le thème central du rapport annuel 2023 de la CCF : un système sous forte pression en raison d’une hausse spectaculaire de la charge de travail.
La CCF a reçu 2 793 demandes en 2023,soit une moyenne de 232 par mois. Cela représente une augmentation de 70 % par rapport à 2021 et 24 % par rapport à 2022. En parallèle, le volume d’emails a atteint une moyenne de 100 messages par jour, souvent accompagnés de pièces jointes nécessitant des protocoles de sécurité stricts.
Cette pression accrue a eu un impact direct sur la capacité de la CCF à respecter ses délais statutaires. En 2023, les délais de quatre mois pour les demandes d’accès et de neuf mois pour les demandes de correction ou de suppression n’ont pas été respectés dans 30 % des demandes d'accès et 15 % des plaintes. Pour les cas retardés, le délai moyen supplémentaire de résolution variait entre trois et six mois. La CCF a elle-même reconnu la gravité de ces retards, notant :
« Ce retard est une préoccupation sérieuse pour les demandeurs, pour les BCN, pour la CCF et pour INTERPOL dans son ensemble. »
La responsabilité de ces retards n’incombe pas uniquement à la CCF. Le rapport met également en avant des défis partagés avec le Secrétariat Général d’INTERPOL, soulignant :
« La charge de travail de la CCF, ainsi que celle des départements du Secrétariat Général responsables de fournir des données à la CCF, a conduit à l’incapacité de la CCF à respecter systématiquement ses délais statutaires. »
Aucune Amélioration à Court Terme
Des efforts sont en cours pour réduire les délais, notamment par l’acquisition de ressources supplémentaires, l’amélioration des processus internes et la modernisation des outils technologiques. Cependant, lors de la présentation du rapport annuel de la CCF à l’Assemblée Générale d’INTERPOL en novembre 2024 à Glasgow, la présidente de la CCF, Teresa McHenry a reconnu les défis à venir en déclarant :
« Nous ne prévoyons pas d’améliorations à court terme, et nous pensons que les retards de la CCF seront plus importants en 2024 et probablement en 2025. Cependant, nous sommes optimistes quant à des améliorations à moyen terme si des ressources supplémentaires et des outils informatiques adéquats sont fournis. »
Cette déclaration reflète la réalité selon laquelle, bien que des réformes soient en cours, des améliorations immédiates sont peu probables, et les retards devraient persister à court terme.
Taux de Conformité et de Non-Conformité
Sur les 500 plaintes admissibles traitées en 2023, 68 % ont été jugées non conformes aux règles d'INTERPOL, tandis que 32 % ont été considérées comme conformes. Les conclusions clés incluent :
- 54 % des cas de non-conformité impliquaient des violations de la Constitution d’INTERPOL (articles 2 et 3), de la politique sur les réfugiés ou des exigences procédurales pour les notices et diffusions.
- 14 % des cas de non-conformité résultaient d’un manque de coopération des BCN. Dans ces situations, la CCF a automatiquement supprimé les données sans examen supplémentaire.
Évolution des Types de Demandes
Le rapport met en lumière une augmentation notable desdemandes de révision, qui sont passées de 9 % des demandes totales en 2022 à 20 % en 2023. Ce changement est attribué à une hausse des demandes provenant à la fois de particuliers et de certains pays. En revanche, le ratio entre plaintes et demandes d’accès est resté globalement inchangé.
Restrictions à la communication
Environ 60 % des BCN et 20 % des demandeurs ont demandé des restrictions en matière d'échange d'informations. Ces demandes ont rendu le travail de la CCF plus complexe, car la Commission a dû mettre ces restrictions en balance avec son obligation de rendre des décisions motivées. Le rapport souligne que ces restrictions sont chronophages et contribuent aux retards.
Amendements Potentiels du Statut de la CCF
Le rapport se termine par des discussions sur la révision du Statut de la CCF afin de corriger les inefficacités et d’adapter son mandat aux demandes croissantes. Ces amendements signalent un engagement en faveur de réformes institutionnelles, bien que leur mise en œuvre nécessite du temps et un consensus.
Conclusion : Un Système Sous Pression
Le rapport annuel 2023 met en évidence les défis considérables auxquels la CCF est confrontée en raison de la hausse des demandes et des ressources limitées. Malgré les efforts pour atténuer les retards grâce à des ajustements procéduraux et à une meilleure allocation des ressources, les perspectives immédiates restent difficiles. Les retards devraient s’aggraver, impactant les demandeurs et menaçant l’efficacité et la crédibilité globale d’INTERPOL. Si des améliorations à moyen terme sont envisageables grâce à des ressources supplémentaires et des avancées technologiques, les praticiens et les requérants doivent aborder la situation actuelle avec patience et pragmatisme.




